Dauphiné Libéré MARDI 23 JUIN 1998 - GRENOBLE
Jean-Pierre Olinger, philosophe du football

Jean-Pierre Oïlinger, sportif et artiste dans l'âme a présenté l'autre soir une vision du football tout à fait insolite et originale dans sa pièce "Je football".A la fois auteur et interprète, il choisit dans le public 22 personnes (comme deux équipes de foot) qui seront invitées à lire leur destinée dans les cartes du tarot de Marseille.
Puis, Jean-Pierre Ollinger face au public reprend en solo son jeu de scène tout en réalisant une œuvre picturale. C'est ce que l'on appelle du "live art théâtre". Autrement dit la mise en' scène d'une œuvre d'art.
Il choisit de faire dérouler l'action de la pièce dans le vestiaire, car dit-il "c'est du théâtre vivant avec les odeurs du sport, le bruit de la douche, le banc. "
C'est aussi l'attente du match, la solitude du joueur face au public mais aussi le thème de la projection.

Avec l'impact des médias, les spectateurs s'identifient au jeu dans un combat sacré, amplifié par la télévision. Un match de foot pour Jean-Pierre Ollinger, c'est également une part de destinée dont les symboles se lisent dans les cartes du tarot de Marseille. Et aussi beaucoup de dérision, peut être pour exprimer l'incroyable tapage commercial qui se déroule autour d'une Coupe du monde.

Avec sa pièce "Je football", Jean-Pierre Ollinger a présenté une approche différente du foot portée sur l'identité du joueur et ses états d'âme. La performance sportive qui érige l'athlète en héros n'est plus qu'une illusion, illusion d'un pouvoir sur l'existence, sur l'être.

Le décor s'installe, sport surmédiatisé, déshumanisé, matière humaine, matière à gestes, mêlée obligée d'un culte dérisoire où chacun doit bien trouver sa place. Le spectacle commence, entre deux gares, entre vie et mort, hasard de la destinée, la sienne ou celle du voisin, mais l'acteur est seul dans la fosse et le Minotaure rigole.
Sacrifiant à la grand messe, au veau d'or, le héros perd son nom, il n'y a de salut qu'en laissant l'autre soi-même au vestiaire; Alors le goal, premier et dernier rempart, danse devant la mort, sur la mort, tient même la mort en mains, patauge longtemps dans l'espace où les dieux l'ont cantonné et se relève. Il a résisté, il est passé, initié en habit de lumière, petit homme, petite histoire, histoire de l'humanité.

En acceptant le jeu, tous les risques, la cible, la foule, la mêlée, il a généré ses traces et trouvé son identité première. Il donne même la possibilité à l'autre, aux autres, de monter dans le train. Le joueur laissé pour compté a rempli son match le goal Jean-Pierre Ollinger est devenu passeur, acteur relié, le tout sans forfanterie, sourire, mains ouvertes, et sans prolongations, authentique performance.

Lucien Mazenod.